La sophrologie est un métier souvent solitaire. Même dans le cadre d’une entreprise, même dans l’animation de groupes, le sophrologue peut avoir du mal à évaluer son travail. La phénodescription donne des impressions si variées, si changeantes, qu’elle sert difficilement de repère. Le sophrologue peut aussi se fier à ses propres sensations, mais il fera difficilement l’économie d’un travail de supervision, en individuel ou en groupe, pour faire le point sur sa pratique.

Un regard extérieur
La supervision, comme son nom l’indique, c’est avant tout cela : le regard extérieur d’un professionnel expérimenté. Ce professionnel va nous écouter, nous conseiller, et parfois nous amener à nous interroger. Il va donner un avis sur le choix des exercices, sur le rythme et le contenu des séances. En groupe, les autres participants pourront aussi intervenir, poser des questions, donner des idées… Ces regards croisés permettent de débloquer bien des situations, et de changer notre point de vue.

Prendre du recul
Le sophrologue est son propre outil de travail. Nous avons nos problèmes comme tout le monde, et comme tout le monde nous pouvons être très stressés ! La fatigue, l’anxiété, les soucis personnels peuvent rejaillir sur la qualité de nos prestations : nous serons peut-être moins à l’écoute, moins justes dans la construction de la séance. La supervision est là aussi pour nous alerter, nous faire prendre conscience de la nécessité de prendre du recul, et de prendre soin de nous. Car, comme le dit si bien le proverbe, « Charité bien ordonné… commence par soi-même ».

Repérer les projections
Certaines personnes – et c’est souvent le cas – amènent en consultation des problématiques qui peuvent nous toucher personnellement, qui réveillent des souvenirs, des émotions, des sensations parfois douloureuses. Nous pourrons avoir le sentiment très fort de retrouver, dans l’histoire de l’autre, notre propre vie. Ce n’est pas inutile, si cela crée une résonance empathique. Mais il faut prendre conscience que nous sommes tous confrontés aux mêmes difficultés – de couple, de travail, de santé, de famille – et que, si les histoires se ressemblent, chacune d’elle reste tout à fait unique. La supervision sert aussi à cela : faire la part des choses entre la vie de l’autre et la nôtre, et garder la bonne distance. Cette conscience peut éviter de laisser s’installer un rapport humain trop personnel – qui n’est pas forcément favorable au sophronisant – ou de donner des conseils inappropriés, par exemple.

Rappeler le cadre
Car si nous, les sophrologues, ne sommes pas psychologues, nous sommes bel et bien en relation d’aide. Nous sommes a priori sensibles à l’aspect humain, sensibles à la souffrance des autres, avec la volonté de les aider. Confrontés à la maladie, à l’anxiété ou au stress des personnes qui viennent consulter, nous pouvons être touchés, en faire un peu trop, aller au-delà de nos limites. La supervision peut alors rappeler le cadre : la nécessité de rester bien à sa place, de respecter le lieu, la durée, le tarif des séances, et de passer le relais, si nécessaire… Diriger une personne vers un médecin, une association ou un psychothérapeute n’est pas un aveu d’impuissance mais une preuve de professionnalisme. Le travail en réseau est même la meilleure des garanties !

Éviter la dépendance
C’est à mon sens un privilège d’accompagner une personne, de créer une alliance, l’aider à mieux respirer, mieux dormir, vivre plus sereinement. Les sophronisants nous font un grand cadeau en se confiant à nous, pour quelques séances. Ils peuvent s’attacher à nous, et nous-mêmes pouvons nous attacher à eux. Ils peuvent nous exprimer beaucoup de gratitude, et il est normal que cela nous touche, mais nous devons garder la tête froide. Il faut conserver à l’esprit que leur mieux-être tient autant à leurs ressources (et à la méthode sophrologique) qu’à notre travail, et que nous ne sommes qu’une étape dans leur cheminement. La supervision peut aider à mettre fin, en douceur, à une alliance sophronique qui n’a plus de raison d’être. Pour ne pas créer de codépendance…